Cardinal Koch: 1700 ans du Concile de Nicée, opportunités et défis
Le premier Concile œcuménique de l’histoire de l’Église s’est tenu à Nicée, en Asie mineure, en 325. 1700 ans plus tard, les questions doctrinales et disciplinaires que les quelque 300 évêques présents abordèrent ont encore un écho.
Cardinal Koch: 1700 ans du Concile de Nicée, opportunités et défis 1/5
Nicée ou la tentation du pouvoir 2/5
1700 ans du Concile de Nicée: “Jésus est-il Dieu?” 3/5
Credo de Nicée-Constantinople: faut-il le reformuler ou mieux le comprendre? 4/5
Marie Chaieb: «Nicée nous invite à formuler la foi à notre époque»
Concile de Nicée: Léon XIV appelle à surmonter les «controverses théologiques»
Cardinal Koch: 1700 ans du Concile de Nicée, opportunités et défis
Le premier Concile œcuménique de l’histoire de l’Église s’est tenu à Nicée, en Asie mineure, en 325. 1700 ans plus tard, les questions doctrinales et disciplinaires que les quelque 300 évêques présents abordèrent ont encore un écho.
Cardinal Koch: 1700 ans du Concile de Nicée, opportunités et défis 1/5
Le premier Concile œcuménique de l’histoire de l’Église s’est tenu à Nicée, en Asie mineure, en 325. 1700 ans plus tard, les questions doctrinales et disciplinaires que les quelque 300 évêques présents abordèrent ont encore un écho.
Nicée ou la tentation du pouvoir 2/5
Outre son caractère doctrinal et disciplinaire, le concile de Nicée, tenu en l’an 325, est souvent considéré comme le début d’une longue période de relations étroites entre l’Église et l’État qui aurait perduré jusqu’au XX siècle.
1700 ans du Concile de Nicée: “Jésus est-il Dieu?” 3/5
Dès le début de l’Église, l'identité de Jésus a été un 'signe de contradiction'. La question de Jésus «qui dites-vous que je suis» est posée à toutes les générations (Mt 16,15). 1700 ans après sa tenue, quelle est l’actualité du concile de Nicée pour le dialogue œcuménique et la place donnée à son c...
Credo de Nicée-Constantinople: faut-il le reformuler ou mieux le comprendre? 4/5
Le Credo formulé au conciles de Nicée (325) et de Constantinople (381) se veut un résumé de la foi chrétienne. Certaines formules utilisées s'avèrent cependant incompréhensibles pour de nombreux chrétiens. Faut-il dès lors reformuler le Credo ou essayer d'en comprendre le sens ? Décryptage de trois...
Marie Chaieb: «Nicée nous invite à formuler la foi à notre époque»
Les Eglises chrétiennes célèbrent cette année les 1700 ans du concile de Nicée. Pourquoi commémorer cet événement? Quel rôle a-t-il joué pour définir la foi ? L’éclairage de la spécialiste du christianisme ancien Marie Chaieb, qui a dirigé l’ouvrage "Célébrer le concile de Nicée?" (Ed. du Cerf).
Concile de Nicée: Léon XIV appelle à surmonter les «controverses théologiques»
Le pape Léon XIV a annoncé ce 23 novembre 2025, au terme de la messe célébrée sur la place Saint-Pierre, la publication immédiate d’une Lettre apostolique dédiée à la commémoration du Concile de Nicée, In uniate Fidei. («Dans l’unité de la foi»). Ce texte s’inscrit dans la préparation de son voyage...
Cardinal Koch: 1700 ans du Concile de Nicée, opportunités et défis 1/5
Le premier Concile œcuménique de l’histoire de l’Église s’est tenu à Nicée, en Asie mineure, en 325. 1700 ans plus tard, les questions doctrinales que les quelque 300 évêques présents abordèrent ont encore un écho, en particulier œcuménique, rappelle le cardinal suisse Kurt Koch, à la veille des commémorations du 20 mai.
En 325, l'Église n'était pas encore divisée. Les grandes séparations n'interviendront qu'au cours des siècles suivants. C'est pourquoi toutes les communautés chrétiennes du monde peuvent célébrer aujourd'hui cet anniversaire et professer ensemble la foi christologique qui a pris forme à Nicée, relève le préfet du Dicastère pour la promotion de l’unité des chrétiens, dans une contribution pour Vatican News.
Les Pères du Concile ont rédigé ensemble un «Credo» qui, pour la première fois, avait une valeur universelle. Il a ensuite été achevé lors du Concile de Constantinople en 381: c'est le «Credo de Nicée-Constantinople», que les fidèles récitent encore aujourd'hui lors de la messe dominicale.
Jésus vrai Dieu et vrai homme
Au début du IVe siècle, la question de la nature de Jésus était devenue un problème crucial du monothéisme chrétien. La controverse tournait principalement autour de la question de savoir comment concilier la profession de foi chrétienne en Jésus Christ comme Fils de Dieu, avec la foi, tout aussi chrétienne, en un unique Dieu dans le sens de la confession monothéiste.
Le théologien d’Alexandrie Arius en particulier prônait un monothéisme rigoureux conforme à la pensée philosophique de l’époque et, pour le maintenir, excluait Jésus Christ du concept de Dieu. Dans sa perspective, le Christ ne pouvait être «Fils de Dieu» dans le véritable sens du terme, mais uniquement un intermédiaire créé que Dieu utilise pour la création du monde et pour sa relation avec les hommes, rappelle le cardinal.
Les Pères du Concile refusèrent ce modèle de monothéisme rigide en lui opposant le credo selon lequel Jésus Christ, en tant que Fils de Dieu, est «consubstantiel au Père» (homoousios en grec). À travers ce terme, le Concile saisit la nouveauté incomparable qui s’était rendue visible dans la prière de Jésus adressée au Père et rapportée par les évangiles. Le Concile reprit la philosophie de l’époque pour exprimer ce qui était caractéristique de la foi chrétienne, reprenant en fait la déclaration de l’apôtre Pierre à Jésus: «Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant» (Mt 16,16), explique Kurt Koch.
Un retour de l’arianisme?
«Si nous regardons de façon honnête l’actuel contexte de la foi sous nos latitudes, nous devons reconnaître que nous nous trouvons dans une situation semblable à celle du IVe siècle, car nous assistons à un puissant réveil des tendances ariennes», note le cardinal.
Dès les années 1990, le cardinal Joseph Ratzinger (futur Benoît XVI) reconnut dans ce «nouvel arianisme» le véritable défi que le christianisme contemporain devait affronter. En effet, de nombreux chrétiens sont sensibles aux dimensions humaines de la figure de Jésus de Nazareth, mais ont des problèmes à l’égard de la confession christologique selon laquelle Jésus de Nazareth est l’unique Fils du Père céleste.
"Aujourd’hui, même dans l’Église et dans l’œcuménisme, il est souvent très difficile de percevoir dans l’homme Jésus le visage de Dieu lui-même."
Aujourd’hui, même dans l’Église et dans l’œcuménisme, il est souvent très difficile de percevoir dans l’homme Jésus le visage de Dieu lui-même et de le confesser comme Fils de Dieu, car on tend à le voir simplement comme un être humain, bien que suprêmement bon et exceptionnel. Selon un sondage réalisé en 2024 en Allemagne, seuls 32% des catholiques croient que Dieu s'est révélé en Jésus-Christ.
Un Dieu présent
Le pape François faisait un constat parallèle dans son homélie du 1er janvier 2025 pour la fête de Marie Mère de Dieu. Il dénonçait la tentation «d’imaginer ou se fabriquer un Dieu “abstrait” lié à une vague idée religieuse, à un bon sentiment passager. Au contraire, Il est concret, Il est humain. Il est né d’une femme. Il a un visage et un nom, et Il nous invite à entretenir une relation avec Lui. Le Christ Jésus, notre Sauveur, est né d’une femme; Il est fait de chair et de sang; Il vient du sein du Père, mais Il s’incarne dans le sein de la Vierge Marie; Il vient du haut des cieux mais Il habite dans les profondeurs de la terre; Il est le Fils de Dieu, mais Il se fait Fils de l’homme.»
"Si Jésus n’était qu’un homme ayant vécu il y a deux mille ans, il serait irrémédiablement relégué dans le passé."
Si Jésus n’était qu’un homme ayant vécu il y a deux mille ans, il serait irrémédiablement relégué dans le passé, souligne le cardinal Koch. Pour lui, le constat est clair: «La foi chrétienne tient ou tombe aujourd’hui avec la confession christologique du Concile de Nicée.» Son credo reste actuel. Et raviver sa confession christologique représente un défi qui doit être relevé en communion œcuménique.
Un credo commun à toutes les Églises
Le credo de Nicée est commun non seulement aux Églises orientales, aux Églises orthodoxes et à l’Église catholique, mais aussi aux communautés ecclésiales nées de la Réforme. Son importance œcuménique ne doit donc jamais être sous-estimée, remarque Kurt Koch. «L’œcuménisme chrétien ne peut progresser de façon crédible que si les chrétiens reviennent ensemble à la source de la foi, qu’il n’est possible de trouver qu’en Jésus Christ, comme cela a été professé par les Pères conciliaires à Nicée», insiste-t-il.
"Pour restaurer l’unité de l’Église, il est nécessaire qu’il y ait un accord sur les contenus essentiels de la foi."
Si l’œcuménisme ne se limite pas à une dimension interpersonnelle et philanthropique, mais possède une inspiration et une base réellement christologiques, il ne peut être autre chose que la participation à la prière sacerdotale de Jésus: «Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi» (Jn 17, 21).
De fait, pour restaurer l’unité de l’Église, il est nécessaire qu’il y ait un accord sur les contenus essentiels de la foi, non seulement entre les Églises et les communautés ecclésiales d’aujourd’hui, mais également avec l’Église du passé et, en particulier, avec son origine apostolique.
«Église et synode sont synonymes»
Enfin Nicée revêt une signification particulière parce qu’il documente la manière dont les questions ont été discutées et décidées dans un style synodal, poursuit le cardinal Koch. L’historien de l’Église Eusèbe de Césarée, qui fut lui-même l’un des Pères conciliaires, souligna expressément que les membres du Concile provenaient «de toutes les Églises de toute l’Europe, de l’Afrique et de l’Asie».
Pour le cardinal, le 1700e anniversaire du Concile de Nicée devrait donc être vu aussi comme une invitation à tirer les leçons de l’histoire et à approfondir la pensée synodale, en l’ancrant dans la vie de l’Église. Le célèbre Père de l’Église Jean Chrysostome expliquait déjà que «Église» est un nom «qui indique un chemin commun» et que Église et Synode sont donc «synonymes». (cath.ch/mp)
La recherche d’une date commune de Pâques
La question pastorale la plus importante discutée à Nicée était celle de la date de Pâques. Dans l’Église primitive il existait diverses dates liées à la célébration de la Pâque juive. Le Concile de Nicée a le mérite d’avoir trouvé une norme uniforme. La fameuse règle, toujours en vigueur, veut que Pâques soit célébrée le dimanche qui suit le quatorzième jour de la Lune qui atteint cet âge au 21 mars ou immédiatement après (soit entre le 22 mars et le 25 avril). Cela signifiait que la fête devait être célébrée conformément à ce qui avait lieu chez les Romains.
De fait la divergence sur la date de Pâques entre chrétiens ne survint que beaucoup plus tard et pour une raison astronomique et non pas religieuse. En 1582, le pape Grégoire XIII introduisit une réforme fondamentale en ajoutant dix jours au comput antérieur du calendrier julien, remontant à l’empereur romain Jules César, afin de corriger le décalage accumulé depuis l’Antiquité.
Tandis que les Églises et les pays d’Occident adoptèrent progressivement ce calendrier grégorien, les Églises en Orient continuèrent à utiliser le calendrier julien. D’où le décalage persistant.
Les Pères du Concile Vatican II en 1963 avaient admis l’idée que la date de Pâques puisse être fixé à un dimanche déterminé et ainsi stabilisée. Mais pour des raisons devenues identitaires, voire nationalistes, les Églises orientales ont refusé pour l’heure de renoncer à leur tradition. MP
Les vingt canons du Concile de Nicée
Outre le credo, le concile de Nicée adopta vingt canons de nature plus disciplinaire. Sans entrer dans le détail, leur liste donne un bon éclairage sur les questions de l’époque. Certaines appartiennent à l’histoire, d’autres gardent une résonance actuelle:
De ceux qui sont devenus eunuques de leur propre gré ou qui l'ont subi de force.
De ceux qui entrent dans la cléricature aussitôt après le baptême.
Des femmes qui cohabitent avec des clercs.
Par combien d'évêques un évêque est élu.
Des excommuniés, qu'il ne faut pas que d'autres reçoivent, et des synodes à réunir deux fois par an.
De la primauté revenant à certains sièges et de ce qu'il ne faut pas nommer un évêque sans l'avis du métropolitain.
De l'évêque d'Aelia (Jérusalem)
De ceux qui se disent cathares (purs).
De ceux qui sont promus au sacerdoce sans enquête.
De ceux qui ont renié leur foi pendant la persécution, puis furent admis à la cléricature.
De ceux qui ont renié leur foi et sont parmi les laïcs.
De ceux qui ont quitté les rangs de l'armée, puis retournèrent dans le siècle.
De ceux qui demandent à être reçus dans le sein de l’Église à l'heure de la mort.
Des catéchumènes qui ont failli.
Du clerc qui passe d'un diocèse à un autre.
De ceux qui ne restent pas dans les paroisses pour lesquelles on les avait ordonnés.
Des clercs qui prêtent à intérêt.
Que les diacres ne doivent pas donner la communion aux prêtres, ni s'asseoir en leur présence.
De ceux qui reviennent à l’Église de la secte de Paul de Samosate.
Qu'il ne faut pas plier le genou aux jours de dimanche et au temps de la Pentecôte.
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Nicée ou la tentation du pouvoir 2/5
Outre son caractère doctrinal et disciplinaire, le concile de Nicée, tenu en l’an 325, est souvent considéré comme le début d’une longue période de relations étroites entre l’Église et l’État qui aurait perduré jusqu’au XXe siècle.
En y regardant de plus près, on constate cependant des attitudes diverses que l’on peut classer en trois modèles fondamentaux: l’assimilation, le partenariat et l’opposition. En fait l’Église s’adapte constamment à la situation du moment, explique le professeur Gregor Emmenegger, de l’Université de Fribourg, dans une contribution adressée à la journée d’étude de la Communauté des Églises chrétiennes du canton de Vaud (CECCV), organisée à Lausanne le 19 mars 2025.
Le rôle central de l’empereur Constantin
L’approche du Concile de Nicée comme acte de naissance de l’Eglise impériale est liée à la figure de l’empereur Constantin. Arrivé au pouvoir peu après la fin des grandes persécutions des chrétiens, il apparaît comme l’archétype du souverain chrétien. Son alliance avec le pape Sylvestre est vue durant tout le Moyen-Age comme le mythe fondateur du pouvoir spirituel et du pouvoir temporel destinés à gouverner le monde.
Au siècle des lumières, l’image s’inverse. Constantin devient un criminel, emblème du pacte entre le trône et l’autel responsable de la violence politique et de l’intolérance religieuse. Avec une idée qui a encore cours aujourd’hui: ‘à Nicée, l’Eglise aurait trahi le Christ’, rappelle Gregor Emmenegger.
Citoyens du ciel
Pour mieux comprendre ce qui s’est joué au Concile de Nicée, un regard sur le contexte originel s’impose. A ses débuts, le christianisme entre en scène en tant que minorité religieuse, sans ambition politique. “Mon royaume n’est pas de ce monde” dit Jésus au gouverneur romain Ponce Pilate. Cette réponse est surprenante car dans l’Antiquité, qu’elle soit juive, grec ou romaine, tous partent de l’idée que le royaume de Dieu ou des dieux est aussi une réalité politique.
"L’idée d’une Église en pèlerinage sur la terre fait qu’elle ne s’attache à aucun pouvoir politique."
L’apôtre Paul qualifie les chrétiens de ‘citoyens du ciel’ en route vers leur vraie patrie. L’idée d’une Église en pèlerinage sur la terre fait qu’elle ne s’attache à aucun pouvoir politique. Ce que lui reprocheront ses adversaires. Les persécutions découleront le plus souvent du refus des chrétiens de faire des sacrifices à l’empereur.
Tolérer ce que l’on ne peut pas éradiquer
En 303, la terrible persécution de Dioclétien s’abat sur les chrétiens: communautés décimées, évêques et prêtres emprisonnés ou exécutés, églises détruites, bibles brûlées... En 311, le christianisme accède cependant au rang de religion tolérée dans l’empire, mais uniquement parce que l’on a pas réussi à l’éradiquer, précise Gregor Emmenegger. On estime qu’au tournant du IVe siècle les chrétiens forment entre 5 et 10% de la population de l’empire romain selon les régions.
En 313, l’empereur d’Occident, Constantin, par le célèbre édit de Milan, fait du christianisme une religion autorisée à laquelle chacun est libre d’adhérer. Pour les chrétiens, refuser cette main tendue n’est pas une option. Non seulement parce qu’ils sortent d’une période de persécutions, mais aussi parce qu’ils pensent avoir trouvé en Constantin un ami bienveillant. En fait de bienveillance, il va plutôt s’agir d’une main-mise.
Une Église assimilée
En 324, après avoir éliminé tous ses rivaux, Constantin est le maître absolu de l’empire romain. Il convoque le concile de Nicée où il rassemble quelque 300 évêques pour régler diverses thématiques ecclésiales, théologiques, mais aussi pratiques et disciplinaires.
Dès l’ouverture de l’assemblée, il exprime sa conception des relations entre l’Église et l’Empire. Selon le discours rapporté par son biographe Eusèbe de Césarée, l’empereur explique: “Vous, vous êtes évêques pour l’intérieur de l’Église; moi on pourrait dire que j’ai été établi par Dieu évêque pour l’extérieur.” Par là, il signifie que la liberté de croyance, établie par l’Édit de Milan, ne signifie pas liberté de l’Église, note G. Emmenegger. De même que, depuis Auguste, l’empereur était le Pontifex maximus, il lui revient d’exercer le contrôle sur l’Église chrétienne. En termes modernes, on peut parler d’assimilation.
Une Église intégrée à l’appareil d’État
L’Église ne bénéficie pas seulement d’un soutien de l’État, de privilèges fiscaux et d’une immunité juridique, elle fait partie intégrante de l’appareil d’État. Par conséquent les conflits et les dissidences internes à l’Église pouvaient désormais être sanctionnés par l’État (exil, prison, amendes, voire peine de mort).
"En tant que ‘marginaux’, les moines tentent de fonder une contre-société centrée sur l’Evangile."
Ce modèle d’assimilation s’est particulièrement développé dans l’Église d’Orient, même si les deux institutions n’ont pas fusionné. On trouve certes quelques résistants qui s’opposent à toute instrumentalisation du christianisme à l’instar d’un Jean Chrysostome qui tance vertement le comportement de la cour impériale et rappelle l’importance de la charité envers les pauvres. Mais c’est l’exil qu’il récoltera.
Les moines se mettent en marge
On peut voir aussi dans le développement du monachisme, une réponse à cette assimilation. En tant que ‘marginaux’, les moines tentent de fonder une contre-société centrée sur l’Evangile. Les empereurs et les évêques sentent le danger de cette radicalité et chercheront constamment à instrumentaliser et réglementer le monachisme. Ce qui n’a pas forcément abouti, puisque de nombreux fonctionnaires ont rejoint les rangs des moines et que le peuple a exigé que les fonctions de direction de l’Eglise soient tenues par des moines, jugés plus sobres et moins corrompus.
L’Occident penche pour le partenariat
En Occident, plus éloigné du pouvoir central de Constantinople, les évêques tentent de se libérer de la tutelle des empereurs pour aller vers un partenariat, relève G. Emmenegger. Lorsque Constance II, le fils de Constantin, prend le pouvoir en Occident en 353 et prétend y imposer la foi arienne condamnée une trentaine d’années plus tôt à Nicée, il rencontre une forte opposition des évêques qui se considèrent de moins en moins comme faisant partie de l’administration impériale.
Au fil des décennies et face à l’affaiblissement de l’empire face aux invasions barbares, l’Eglise devient elle même un pouvoir terrestre. A Rome, l’évêque commence à prendre en charge le palais, le cérémonial de cour et l’administration impériale ainsi que le titre de Pontifex Maximus (que les papes portent encore aujourd’hui NDLR). Face aux poussées des Germains, l’Eglise doit s’occuper des tâches publiques: sécurité, approvisionnement en eau, éducation, santé... L’empereur et le pape, dans une relation de partenariat plus ou moins harmonieuse, allaient marquer les siècles suivants de l’histoire européenne.
"Face aux menaces, certains chrétiens avaient abjuré leur foi voire collaboré avec les persécuteurs en livrant leurs frères."
L’opposition des donatistes
Le troisième modèle des relations Église-État, celui de l’opposition, est illustré par les donatistes en Afrique du Nord. (En Égypte le schisme mélitien suit une logique assez similaire NDLR) L’affaire remonte aux persécutions des années 300. Face aux menaces, certains chrétiens avaient abjuré leur foi voire collaboré avec les persécuteurs en livrant leurs frères. Une foi la sécurité revenue, se posait la question de leur réintégration. Le conflit se cristallisa autour de Cécilien nommé évêque de Carthage en 307. Ses opposants jugeaient que sa consécration n’était pas valable et se rangèrent derrière l’anti-évêque Donat. Ils demandèrent l’arbitrage de Constantin qui se conclut par un concile des évêques occidentaux réuni à Arles en 314. Le concile donna tort aux donatistes qui refusèrent de se soumettre.
Les donatistes s’accrochaient à la vision originelle selon laquelle le chrétiens devaient s’attacher au Christ et non pas à l’empereur. Comme par le passé, comme ‘citoyens du ciel’, ils ne devaient rien avoir à faire avec la politique terrestre, explique G. Emmenegger. Alimenté par des tensions nationalistes et sociales, le conflit dégénéra en guerre civile et répression sanglante. Jusqu’à l’élimination quasi complète des chrétiens lors de l’invasion des musulmans à partir de 647. L’attitude d’opposition fut ainsi une impasse.
Augustin et la cité de Dieu
Pour Gregor Emmenegger, il faudra attendre saint Augustin et sa Cité de Dieu à partir de 413 pour clarifier les choses. Après le choc de l’invasion de Rome par les Wisigoths en 410, l’évêque d’Hippone définit la ‘cité céleste’ comme le peuple de Dieu en pèlerinage et la ‘cité terrestre’ comme le monde avec ses institutions et ses gouvernants. Les deux cités sont à la fois distinctes et mélangées jusqu’au jugement dernier. Augustin en conclut que l’empire romain, et donc aussi le lien étroit entre l’Eglise et l’Empire, ne représentent qu’un chapitre de l’histoire du salut. (cath.ch/mp)
Bolsonaro, Trump ou Poutine
Pour Rivan Dos Santos, professeur d’histoire et d’archéologie au Campus adventiste du Salève, la théologie politique inaugurée par l’empereur Constantin a toujours des ramifications actuelles dans le discours politique de Jair Messia Bolsonaro, Donald Trump et même Vladimir Poutine.
Indépendamment de leur foi personnelle, qui semble très ténue, ces hommes politiques s’attribuent une mission salvatrice dans la lutte du bien contre le mal. Bolsonaro lance des slogans comme “Le Brésil au dessus de tout, Dieu au dessus de tous!”. Trump instaure un bureau de la foi à la Maison Blanche qui devient ainsi un lieu sacré dont il est le gardien. Bien que n’appartenant à aucune confession, il prétend ramener Dieu dans la vie des gens et du pays. Poutine se présente comme le successeur de la Rus de Kiev baptisée par Saint Vladimir et le sauveur du monde contre l’apocalypse. MP
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1700 ans du Concile de Nicée: “Jésus est-il Dieu?” 3/5
Dès le début de l’Église, l'identité de Jésus a été un 'signe de contradiction'. La question de Jésus «qui dites-vous que je suis» est posée à toutes les générations (Mt 16,15). 1700 ans après sa tenue, quelle est l’actualité du concile de Nicée pour le dialogue œcuménique et la place donnée à son credo affirmant la double nature divine et humaine du Christ?
La question de la nature du Christ se pose de manière cruciale pour les Églises réformées et le dialogue œcuménique, estime Martin Hoegger, chargé de cours à la Haute École de théologie protestante de la Suisse romande (HET-PRO).
Le concile de Nicée a répondu à cette question de Jésus sur son identité en affirmant fortement et de manière non équivoque, sa divinité, à une époque où elle était niée, à des degrés divers, relève le pasteur dans une contribution à un colloque de l’Eglise évangélique réformée de suisse (EERS) en 2024.
Cette confession - contestée dès le début - est 'l’article par lequel l'Église tient ou tombe'. Une Église sans le Dieu devenu Homme, mort et réellement ressuscité ne tiendra pas, s’il n’est pas au cœur de son identité.
"En 2025 comme en 325, la question essentielle reste de savoir si le témoignage de l'Écriture est le fondement de la divinité de Jésus."
En 2025 comme en 325, “la question essentielle reste de savoir si le témoignage de l'Écriture est le fondement de la divinité de Jésus. La divinité de Jésus affirmée à Nicée est-elle une formulation adéquate des données du Nouveau Testament? La confession nicéenne du Christ comme Dieu est-elle le résultat d'une pieuse projection ou, par le biais du témoignage prophétique et apostolique, le fruit d'une révélation?”
Le credo de Nicée dans les Églises réformées
Si dans les Églises catholique et orthodoxes le credo de Nicée-Constantinople a toujours prévalu, il a connu des fortunes diverses au sein des Églises issues de la Réforme
“Les réformateurs du XVI siècle ont confessé de manière unanime la foi définie à Nicée, la considérant comme une interprétation fidèle des Écritures, relève Martin Hoegger. Ils ont reconnu que les Pères de Nicée ont préservé le kérygme [contenu essentiel de la foi en Jésus-Christ NDLR]et se sont compris dans une continuité fidèle. Le dogme christologique défini à Nicée est pour eux le contexte normatif et permanent pour l'explication de la foi chrétienne.” La Confession d’Augsbourg (1530) affirme que «nos Églises enseignent en parfaite unanimité la doctrine proclamée par le Concile de Nicée».
Jean Calvin, dans la Confession de foi de la Rochelle commence par énoncer l’autorité souveraine des Écritures, puis accepte les trois Symboles, à savoir des Apôtres, de Nicée et d'Athanase, «parce qu'ils sont conformes à la Parole de Dieu». A noter que Calvin n’utilise pas l’argument de l’ancienneté, ni celui du caractère œcuménique c’est-à-dire universel du Concile de Nicée. Il estime que le langage non biblique utilisé par le symbole de Nicée est légitime. La polémique qui l’oppose à Michel Servet, qui finira sur le bûcher à Genève en 1553, pour une accusation d’arianisme, porte précisément sur la nature divine éternelle du Christ.
"À partir du siècle des Lumières, le statut normatif des confessions de foi est remis en cause dans plusieurs Églises réformées."
Des Églises réformées...sans Nicée
À partir du siècle des Lumières, le statut normatif des confessions de foi est cependant remis en cause dans plusieurs Églises réformées. Le protestantisme substitue une conception «subjective» de la confession de foi à la conception «objective» soutenue par les réformateurs, relève le pasteur Hoegger. On conteste aux confessions leur prétention à «régler la foi» dans l’enseignement de l’Église. Il existe désormais des pasteurs qui interprètent de manière symbolique, voire rejettent la divinité de Jésus et sa résurrection.
L'éclipse des confessions de foi
A Genève, le pasteur Jean-Jacques Caton Chenevière (1783-1871) estime que «Les confessions de foi imposées à des Églises sont un héritage du vieux temps et de la communion de Rome qu’on doit se hâter de répudier ». Les réformés qui les maintiennent sont soupçonnés de «papisme huguenot», car ils auraient substitué à l’autorité de la Bible celle de textes humains tels les catéchismes et les confessions de foi.
Dès le milieu du 19ᵉ siècle, les Églises réformées de Suisse, par exemple, ont abandonné la récitation du Symbole des apôtres lors de la célébration du baptême et ont renoncé à demander aux pasteurs de souscrire à une confession de foi au moment de leur consécration. La confession de foi est dès lors à la libre disposition des célébrants. Même si, aujourd’hui, des confessions de foi sont incluses dans des liturgies, leur récitation communautaire est facultative.
Des courants confessants
Face à cette évolution libérale, le courant confessant s’est maintenu, avec plus ou moins de vigueur, dans les Églises réformées en Suisse et dans d’autres pays de l’hémisphère nord, bien qu’il soit aujourd’hui minoritaire.
Selon les mouvements confessants, pour se renouveler, l’Église réformée ne sera ni Konfessionslos (sans confession de foi), ni Konfessionsfrei, c’est-à-dire libre de choisir la confession de foi qui nous convient ou qui correspond à nos convictions. Pour ce courant, l’Église réformée doit être tout simplement ‘confessante’.
"L'acceptation du symbole de Nicée Constantinople est devenue obligatoire pour toute Église membre du COE."
L'interpellation des autres Églises
Pour le protestantisme libéral, l’interpellation viendra aussi des autres Églises. Dès le début du mouvement œcuménique, la Conférence de Foi et Constitution à Lausanne, en 1927, inclut les deux Confessions de foi de l’Église ancienne (le symbole des apôtres et celui de Nicée-Constantinople) comme base théologique du mouvement pour l’unité des chrétiens.
80 ans plus tard, le Conseil le Conseil œcuménique des Églises (COE) a introduit le symbole de Nicée-Constantinople dans sa Constitution lors de l'Assemblée mondiale de Porto Alegre en 2006, comme un des critères déterminants d’adhésion. L'acceptation de ce symbole de foi, dans sa forme originale, est devenue obligatoire pour toute Église membre.
Le symbole de Nicée-Constantinople a enfin été accepté comme base des dialogues entre l’Église orthodoxe et les Églises réformée, luthérienne et anglicane.Tout en ne l’utilisant pas dans le culte, les Églises évangéliques et pentecôtistes déclarent que leurs croyances fondamentales sont en accord avec le symbole nicéen.
”Pour beaucoup de pasteurs et de théologiens de mon Église, Jésus n’est plus Dieu en personne."
Un nouvel arianisme
A l’instar du pape Benoît XVI et du cardinal Kurt Koch, préfet du dicastère pour l’unité des chrétiens, le pasteur Hoegger déplore aussi la résurgence d’un nouvel arianisme: ”Pour beaucoup de pasteurs et de théologiens de mon Église, Jésus n’est plus Dieu en personne. Il n’est qu’un homme, certes habité par Dieu, inspiré, utilisé par lui, uni à lui et transparent à lui, mais non Dieu lui-même. Et sa résurrection est comprise de manière symbolique.”
En prônant une christologie d’en bas qui proclame en l’homme Jésus le libérateur, qui prend parti des pauvres et révèle la volonté «politique» de Dieu de faire disparaître la condition sociale inhumaine des plus faibles, la théologie de la libération, participe aussi à ce courant similaire à celui d’Arius au Ive siècle. niant la divinité du Christ.
Enfin, nombreux sont les chercheurs du «Jésus historique» qui concluent que la divinité de Jésus est une création de la foi de l’Église. Jésus, lui-même, n’en aurait pas eu conscience.
Le credo de Nicée doit redevenir normatif
Or le credo de Nicée a affirmé de manière explicite la divinité de Jésus-Christ, selon les Écritures. Cet article ne doit être ni rejeté, ni facultatif, mais redevenir normatif dans les Églises réformées sinon elles risquent de disparaître, avertit le pasteur Hoegger. Pour lui, “la tolérance à l’égard de la négation de la divinité du Christ et de sa résurrection (ou leur compréhension symbolique) dans l’Église réformée détruit le fondement de l’unité chrétienne.”
"L’anniversaire du concile de Nicée nous aide à comprendre que la réconciliation aujourd'hui est aussi une réconciliation avec les chrétiens des origines."
Il faut aussi voir que “cela n’est pas seulement l’affaire de théologiens et de pasteurs réformés, mais de tout disciple de Jésus-Christ et de toutes les Églises. Tous nous avons de la peine à témoigner du caractère unique de la personne du Christ dans le pluralisme moderne. Tous nous hésitons à annoncer Jésus ressuscité, Seigneur de notre vie, de l’Église et du monde dans le dialogue interreligieux.”
La célébration de l’anniversaire du concile de Nicée “nous aide à comprendre que la réconciliation aujourd'hui est aussi une réconciliation avec les chrétiens des origines”, conclut Martin Hoegger. (cath.ch/mp)
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Credo de Nicée-Constantinople: faut-il le reformuler ou mieux le comprendre? 4/5
Le Credo formulé au conciles de Nicée (325) et de Constantinople (381) se veut un résumé de la foi chrétienne. Certaines formules utilisées s'avèrent cependant incompréhensibles pour de nombreux chrétiens. Faut-il dès lors reformuler le Credo ou essayer d'en comprendre le sens ? Décryptage de trois articles souvent contestés: Dieu, le Père tout-puissant; Jésus consubtantiel au Père et l’Eglise une, sainte, catholique et apostolique.
Christophe Herinckx, CathoBel
Il y a 1700 ans, les pères du concile de Nicée répondaient au prêtre Arius, qui niait la divinité du Christ, par l’adoption d’une profession de foi résumant l’essentiel de la foi chrétienne. Complété au concile de Constantinople en 381, ce Credo est, aujourd’hui encore, la référence pour dire la foi commune des chrétiens, qu’ils soient catholiques, orthodoxes, anglicans ou protestants – du moins un grand nombre d’entre eux.
La foi est acte subjectif, mais aussi un contenu objectif
Un certain nombre de fidèles éprouve toutefois un malaise par rapport à différentes formules utilisées dans le Credo, car elles ne leur semblent pas refléter ce en quoi ils croient concrètement. Certains termes leur semblent abstraits ou incompréhensibles, éloignés de la foi vivante. D’aucuns souhaiteraient voir remplacer le Credo de Nicée-Constantinople, lors des célébrations, par une forme de prière plus incarnée.
Quoi qu’il en soit d’une éventuelle reformulation de la foi – ce qui, en soi, est tout à fait possible – il convient d’être conscient d’une fonction capitale que remplit le Credo: il ne se réfère pas seulement à la foi comprise comme acte de confiance en Dieu – ce qu’on peut appeler la foi subjective –, mais exprime surtout ce en quoi les chrétiens croient – c’est-à-dire la foi comme contenu, ou la foi objective.
"Ce symbole de foi forme un tout cohérent, organique, dans lequel chaque formule trouve sa place en étant liée à toutes les autres."
D’où cette question: le malaise que certains éprouvent à l’égard du Symbole de Nicée-Constantinople ne traduit-il pas, parfois, une difficulté à l’égard de certains aspects de la foi elle-même? Comme la divinité du Christ, clairement confirmée par le premier concile de Nicée? Mais si ce peut être le cas, cela repose une autre question: comprend-on ce que veulent dire les formules utilisées dans ce Credo – formules qui, dans l’absolu, pourraient être remplacées, la foi visant en définitive un Mystère insondable?
Le Credo forme un tout cohérent
Sans (bien sûr) aucune prétention à l’exhaustivité, penchons-nous sur trois articles du Credo particulièrement problématiques pour certains d’entre nous, et tentons d’en décrypter le sens. Une lecture même rapide montre à quel point ce symbole de foi forme un tout cohérent, organique, dans lequel chaque formule trouve sa place en étant liée à toutes les autres. Reformuler cette confession de foi, en partie ou dans sa totalité, impliquerait par conséquent de veiller à ce que cette cohérence, qui exprime le caractère organique de la foi chrétienne elle-même, ne soit pas rompue. Auquel cas ce serait le fondement apostolique essentiel de la foi qui serait mis à mal.
"La toute-puissance de Dieu unique se manifeste dans son action de création."
Un seul Dieu, Père, tout-puissant et créateur
"Je crois en un seul Dieu, le Père tout-puissant, créateur du ciel et de la terre…" Ainsi s'ouvre le Credo. Ce qui pose surtout problème dans ce premier article, c’est la notion de toute-puissance que l’on attribue à Dieu le Père. Pour bien la comprendre, il ne faut pas la séparer des autres éléments avec lesquels elle s’articule dans cet énoncé : Dieu unique, Père, créateur. Dieu est le Mystère ultime qui, en tant que tel, ne peut être qu’unique. C’est ce que dit aussi la révélation que Dieu fait de lui-même au Peuple hébreu, et reprise par les chrétiens. La toute-puissance de Dieu unique se manifeste dans son action de création: il fait être l’univers à partir de rien, et toute existence dépend de sa volonté. Cet acte créateur est continu. Si Dieu cessait de créer, il n’y aurait plus rien…
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Un amour infini et miséricordieux
Mais si Dieu est tout-puissant, c’est aussi en tant qu’amour infini et miséricordieux. C’est cet amour, qui est l’être même de Dieu, qui est tout-puissant. Or, la toute-puissance de l’amour ne peut s’exercer à travers la violence et la coercition, qui empêcheraient le mal de proliférer. Le mal est vaincu par la toute-puissance de l’amour de Dieu lorsqu’elle se déploie mystérieusement au cœur de la faiblesse, et transfigure, de l’intérieur, le mal et la souffrance en vie. C’est ce que manifeste en particulier la mort et la résurrection du Christ.
"Le Fils a été engendré par le Père, non pas créé, de sorte qu’il possède la même "substance" divine que le Père."
«Consubstantiel au Père»: ça veut dire quoi?
"Je crois en un seul Seigneur, Jésus Christ, le Fils unique de Dieu, né du Père […], vrai Dieu né du vrai Dieu. Engendré non pas créé, consubstantiel au Père…" Ce deuxième article du Credo proclame l’identité profonde de Jésus, reconnu par les chrétiens comme "Christ", c’est-à-dire celui qui a reçu la plénitude de l’Esprit Saint. Le terme de "consubstantiel" utilisé ici est sans doute celui qui pose le plus de difficultés. Il reprend le latin consubstantialis, qui traduit lui-même le terme grec originel homoousios. On pourrait également traduire homoousios par "de même nature" (comme dans l’ancienne traduction officielle), "de même substance" ou "de même essence".
Le Christ, vrai Dieu comme le Père
Le concept d’ousia, qui est la "substance", l’être profond d’une chose, est issu de la philosophie grecque. Au concile de Nicée, son utilisation vise à définir le plus précisément possible en quel sens le Christ était, selon le Nouveau Testament, Fils unique de Dieu. Pour Arius, le Christ était la première créature de Dieu, mais il n’était pas Dieu. Ce à quoi Nicée répond : le Fils a été engendré par le Père, non pas créé, de sorte qu’il possède la même "substance" divine que le Père. Il est donc "vrai Dieu" tout comme le Père. Tout comme un être humain possède la même nature humaine et est autant humain que ses parents.
"Si l’Église est sainte, c’est au sens où elle est habitée par Dieu et appelée à ressembler de plus en plus au Christ."
L’Eglise «une, sainte, catholique et apostolique»?
"Je crois en l'Eglise, une, sainte, catholique et apostolique". Ajouté au concile de Constantinople, cet article qui concerne l’Église est peut-être celui qui pose le plus de difficultés à de nombreux chrétiens. Comment peut-on croire en l’Église sainte vu ses errements passés et présents, ses infidélités à sa vocation d’être témoin de l’Évangile de Jésus Christ? Or, c’est précisément cette vocation de l’église que proclame le Credo, vocation qui détermine ce qu’est l’être profond de l’Église. Précisons d’abord qu’on ne croit pas en l’église comme on croit en Dieu, Père, Fils et Esprit Saint. On croit en l’Église au sens où on croit qu’elle a reçu une mission de la part du Christ, et dans la mesure où l’Esprit Saint agit dans l’Église en vue de l’accomplissement de cette mission.
Appelée à ressembler au Christ
Si on croit que l’Église est une, c’est au sens où, malgré ses multiples divisions, il n’y a fondamentalement qu’une seule Église du Christ, comme communion en devenir de tous les chrétiens. Si l’Église est sainte, c’est au sens où elle est habitée par Dieu et appelée à ressembler de plus en plus au Christ. Elle est catholique, non pas au sens restreint de "catholique romaine", mais aussi au sens d’universelle, appelée à rassembler l’humanité dans sa diversité. Elle est apostolique, car elle repose sur la transmission du témoignage des apôtres. (cath.ch/cathobel/mp)
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Marie Chaieb: «Nicée nous invite à formuler la foi à notre époque»
Les Églises chrétiennes célèbrent cette année les 1700 ans du concile de Nicée. Pourquoi commémorer cet événement? Quel rôle a-t-il joué pour définir la foi? L’éclairage de la spécialiste du christianisme ancien Marie Chaieb, qui a dirigé l’ouvrage Célébrer le concile de Nicée? (Ed. du Cerf).
Matthias Wirz / Adaptation: Carole Pirker
Le 27 novembre, le pape Léon XIV se rendra en Turquie, où il sera reçu par le patriarche œcuménique Bartholomée Ier. Il visitera avec lui Iznik, anciennement appelée Nicée. Cette ville, située à 90 km à vol d’oiseau au sud-est d’Istanbul, a accueilli en 325 le premier concile œcuménique de l’histoire de l’Église.
Le concile de Nicée, qui s’est tenu sous l'empereur Constantin (272- 337), a fixé la date de Pâques pour l’ensemble de l’Église. Il a aussi rejeté l’«hérésie arienne» qui concevait une hiérarchie entre Jésus et Dieu. Mais, selon Marie Chaieb (voir encadré), c’est surtout le Credo chrétien, qu’il a fixé pour la première fois par écrit, dont on fête cette année les 1700 ans.
En quoi le concile de Nicée est un événement majeur pour le christianisme?
Marie Chaieb: Parce qu'il a marqué le début d’une série de grands conciles œcuméniques qui avaient vocation à inviter la totalité des évêques pour se mettre d'accord sur la formulation de la foi. C’est un événement majeur car les évêques y ont fixé le Credo chrétien, une confession de foi commune qui sera complétée plus tard au concile de Constantinople (381), et qui deviendra le Credo valable jusqu’à aujourd’hui pour tous les chrétiens.
Quelles Églises sont représentées à ce premier concile?
La plupart des Églises de la partie orientale de l'empire de l'Empire romain (27 avant J.C. - 476 après J.C.). Il y avait très peu d'évêques venant de sa partie occidentale. Pour ces derniers, c’était un très long voyage, ce qui explique qu’ils étaient en minorité. Même l'évêque de Rome s'était fait représenter par des légats (ambassadeurs du Saint-Siège, ndlr).
Dire qu’il y avait la totalité des évêques de l'époque est donc exagéré…
Effectivement, il n’y a jamais eu la totalité des évêques à chacun des conciles, mais l'intention était de manifester une unanimité dans le choix de la formulation de la foi.
On a longtemps ignoré où se trouvait le site qu’iront visiter Léon XIV et le patriarche Bartholomée Ier…
C’est juste, mais selon les sources, le Concile s’est tenu dans le palais de l’empereur Constantin. On n'est pas loin de la ville de Nicomédie, qui était une capitale de résidence impériale.
Parce que c'est lui qui a convoqué ce Concile, et non le pape de l’époque?
Absolument, au IVᵉ siècle, il était impensable de distinguer les questions religieuses et politiques. En 325, le christianisme était devenu une religion d’État.Il est donc logique que l'empereur convoque ce Concile, car il est le garant de l'ordre public. La question de la foi, très disputée, créait des remous, voire des émeutes et l’empereur Constantin voulait pacifier la situation.
"Au IVᵉ siècle, il était impensable de distinguer les questions religieuses et politiques."
La concorde religieuse était donc essentielle à la stabilité de l'Empire romain…
Le fait que tout le monde soit d'accord sur la formulation de la foi participait à la paix publique.
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D'un point de vue logistique, réunir à Nicée 300 évêques pendant trois mois représente toute une infrastructure à mettre en place...
On peut parler d’au moins 300 évêques, mais on ne dispose pas de chiffre exact, puisqu'il n’existe pas d'acte du Concile. Quelques décennies après le Concile, l’évêque Hilaire de Poitiers (300 - 367) parle de 318 évêques, mais ils étaient probablement plus nombreux, parce que les délégations devaient être formées de plusieurs membres. On imagine une logistique assez incroyable de plus d'un millier de personnes. Il fallait donc un palais impérial pour nourrir, loger, et prendre soin de toutes ces délégations.
"On peut parler d’au moins 300 évêques, mais on ne dispose pas de chiffre exact."
Et c’est donc la première fois que le Credo du christianisme y est mis par écrit?
Oui, mais depuis les origines, les chrétiens sont baptisés au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Pour en avoir des traces écrites, on sait que ce symbole accompagnait le baptême. Les chrétiens n'ont donc pas attendu Nicée pour professer leur foi. Il est important de le préciser. Mais il est vrai qu’on a mis pour la première fois par écrit la confession de foi, par un choix réfléchi et commun, parce qu'il y avait un danger de glissement vers la théologie d’Arius.
Une théologie qui a donné ce qu'on a ensuite appelé l'hérésie de l'arianisme…
Oui, Arius (voir encadré), un prêtre d'Alexandrie, avait commencé à prêcher et ses disciples étaient convaincus que le Fils de Dieu n'était pas aussi Dieu que le Père, alors que le Credo du concile de Nicée se focalise justement sur lui, le Fils de Dieu. Très ancrée dans le judaïsme, la communauté religieuse d’Arius voulait préserver la transcendance du Père, et maintenir le Fils dans un écart respectueux par rapport à lui. Selon Arius, la conception de la Trinité est un peu en escalier: on a le Père tout en haut, le Fils qui est un peu en retrait, et puis l'Esprit Saint, qui est une émanation du Fils, qui est encore moins Dieu que le Fils.
Et comment ont réagi les participants?
Les Pères du concile de Nicée ont cherché à rééquilibrer cette Trinité en escalier, en s'appuyant sur les Écritures, la tradition des communautés, le baptême au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit et sur la vie de l'Église. Arius ne voulait pas forcément faire dissidence, mais le débat a ensuite crispé les positions et l’Église catholique frappera finalement d’anathème ceux qui disent que le Fils de Dieu est d'une autre substance ou d'une autre essence que le Père.
On va donc rejeter ceux qui professent que le Fils de Dieu serait inférieur au Père?
Oui, et c’est une première. Ils ne sont plus reconnus comme faisant partie de la communion de foi. Ainsi, on voit apparaître dans le Credo du concile de Nicée le terme grec d’homoousios. Il est utilisé pour décrire le Fils comme étant de la même essence que le Père, une notion clé de la doctrine trinitaire, et c'est une véritable bombe: on choisit un terme philosophique qui ne figure pas dans la Bible! Les évêques s’étant montrés unanimes dans son adoption, il est intégré dans la profession de foi du Concile, que chacun va ensuite ramener dans son diocèse. Il s’agit de formuler au plus juste la foi commune.
Comment a été reçu ce Credo de Nicée par les fidèles?
Certains ont eu du mal avec ce terme d’homoousios. Il y a eu un moment d'adaptation non négligeable. On s'est aussi rendu compte en professant ce Credo qu'il était un peu court sur l'Esprit saint. Certains fidèles ont posé de très bonnes questions à leurs évêques, en disant: «Si je crois en l'Esprit saint, est-ce à dire que le Père a deux fils?» Il a donc fallu compléter sa formulation, jugée insuffisante. Les choses se sont ainsi mises en place dans le va-et- vient entre les fidèles et la réflexion théologique. Au Concile suivant, en 381 à Constantinople, ce Credo a évolué vers ce qu'on appelle le Credo de Nicée-Constantinople. Celui-ci apporte une formulation de foi trinitaire complète et équilibrée et reprend le style narratif que nous connaissons aujourd’hui dans le Credo, plus proche du style littéraire biblique.
Vous avez parlé de «symbole de Nicée» en parlant du Credo de Nicée. Que signifie ce terme?
Le mot grec symbolon correspond à la partie visible et que l'on va expliciter, pour dire le cœur de la foi. Il est employé très tôt dans le christianisme pour parler de la profession de foi lors du baptême. À Nicée, il a été l'objet de débats parmi les évêques. A peine les évêques avaient-ils formulé ce symbole de foi que celui-ci posait de nouvelles questions une fois rentrés dans leurs différents diocèses. Il a donc fallu remettre l’ouvrage sur le métier lors du concile suivant. Cela fonctionne donc par échanges.
On a recours à un mot qui ne vient pas de la Bible. C'est un peu faire marier la foi chrétienne avec une rationalité philosophique du monde grec païen…
Oui, c'est pour ça que c'est très exceptionnel. Il faut chercher les racines du concile de Nicée dès le IIᵉ siècle, avec des gens qui ont su utiliser les outils de la culture de leur temps pour formuler la foi. Parce que celle-ci est aussi imprégnée des usages de l'époque. Voir les évêques rassemblés choisir ce terme de symbolon, c'est aussi une invitation à formuler la foi à notre époque, avec des mots qui peuvent être des bons véhicules dans nos cultures d'aujourd'hui.
Mais ce recours à la philosophie grecque, est-il accessible à des chrétiens qui vivent dans d'autres milieux culturels et parties du monde, en Extrême-Orient ou en Afrique par exemple?
Cette question a en effet causé beaucoup de débats. Il faut arriver à tenir à la fois l'héritage du concile de Nicée avec un grand respect, en tenant compte de l'importance de cette première profession de foi commune, et en même temps savoir l’adapter dans le langage d'aujourd'hui. C'est un équilibre qui est à chercher à chaque génération, ce n'est jamais fini. La célébration du concile de Nicée est une invitation à dire la foi dans nos mots, sans oublier cet héritage.
Retrouvez l’entretien dans l’émission «Babel» sur RTS Espace 2, puis en podcast sur rts.ch/religion/babel, ou via l’App Play RTS.
Est-ce que le concile de Nicée est le symbole d'une époque où l’Église était moins divisée qu'aujourd'hui?
On peut considérer le Concile de Nicée comme un trésor commun, que l’on peut surtout se féliciter de pouvoir célébrer ensemble. Ce qui va être le cas lors de la visite du pape Léon XIV avec le patriarche Bartholomée Ier. C'est un moment où l’on va revisiter nos racines communes. Sur le plan œcuménique, c'est fort comme anniversaire.
On parle cela dit d'un concile œcuménique dans le sens étymologique du terme, un concile qui rassemble les évêques de la terre entière.
Ce terme fait partie des mots dont l'histoire et le contenu changent au fil du temps. Le mot œcuménique qui est employé dans l'Antiquité a une valeur avant tout géographique. Ce n’est que par la suite qu’il va se connoter de cette idée de foi commune, portée par une profession de foi élaborée ensemble. On peut donc dire que l'on célèbre aujourd’hui un concile œcuménique dans tous les sens du terme.
> Célébrer le concile de Nicée?, sous la direction de Marie Chaieb, François Lestang et Marie-Hélène Robert, Editions du Cerf, 2025.
Une théologienne des Pères de l’Église
Marie Chaieb est spécialiste de théologie patristique (doctrine, écrits et vie des Pères de l’Église), qu’elle enseigne à l’Université catholique de Lyon. En tant que chercheuse, elle a publié plusieurs livres sur les Pères de l’Église, ainsi qu’une série de commentaires sur l’œuvre d’Irénée de Lyon (122-200). Ses travaux portent aussi sur les théologiens d’avant le premier concile de Nicée et sur la théologie de l’inculturation. Elle se passionne pour l’émergence des communautés chrétiennes, les grandes problématiques du christianisme et l’histoire des doctrines dans l’antiquité tardive. CP
L’hérétique du concile de Nicée
Prêtre chrétien d'Alexandrie (250 - 336), Arius enseignait que Jésus, bien qu'étant une créature supérieure, n'était pas de la même substance que Dieu le Père. Sa doctrine, connue sous le nom d'arianisme, a été condamnée lors du concile de Nicée en 325, car elle était considérée comme une hérésie qui mettait en péril la doctrine de la Trinité. Arius et ses partisans ont refusé de signer le Crédo final et ont été exilés par l'empereur Constantin. Cette querelle a contribué à définir le symbole de Nicée-Constantinople, la confession de foi chrétienne promulguée lors du concile de Nicée de 325 et complétée lors du concile de Constantinople de 381. CP
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Concile de Nicée: Léon XIV appelle à surmonter les «controverses théologiques»
Le pape Léon XIV a annoncé ce 23 novembre 2025, au terme de la messe célébrée sur la place Saint-Pierre, la publication immédiate d’une Lettre apostolique dédiée à la commémoration du Concile de Nicée, In unitate Fidei. («Dans l’unité de la foi»). Ce texte s’inscrit dans la préparation de son voyage en Turquie et au Liban, du 27 novembre au 3 décembre, durant lequel il participera à une commémoration œcuménique de ce Concile.
«Alors que je m’apprête à effectuer mon voyage apostolique en Turquie, je souhaite, par cette Lettre, encourager dans toute l’Église un élan renouvelé dans la profession de foi dont la vérité, qui constitue depuis des siècles le patrimoine commun des chrétiens, mérite d’être confessée et approfondie d’une manière toujours nouvelle et actuelle», indique le pape au début de ce texte d’une grande densité historique et théologique, divisé en 12 parties.
«Dans l’unité de la foi, proclamée depuis les origines de l’Église, les chrétiens sont appelés à marcher ensemble, en gardant et en transmettant avec amour et joie le don reçu», explique Léon XIV, en montrant que le Concile de Nicée, «premier événement œcuménique de l’histoire du christianisme, il y a 1700 ans», a exprimé l’essentiel de la foi chrétienne, qui se résume dans cette formule: «Nous croyons en Jésus-Christ, Fils unique de Dieu, descendu du ciel pour notre salut».
«Aujourd’hui encore, dans la célébration eucharistique dominicale, nous prononçons le Symbole de Nicée-Constantinople, profession de foi qui unit tous les chrétiens», rappelle le pape dans ce texte. Il assure que cette profession de foi dans le Christ mort et ressuscité «nous donne l’espérance dans les temps difficiles que nous vivons, au milieu des craintes nombreuses et des préoccupations, des menaces de guerre et de violence, des catastrophes naturelles, des graves injustices et des déséquilibres, de la faim et de la misère dont souffrent des millions de nos frères et sœurs».
Une histoire mouvementée et violente
Dans un long développement historique, il rappelle que «les temps du Concile de Nicée n’étaient pas moins troublés» et qu’en 325, «les blessures des persécutions contre les chrétiens étaient encore vives». «L’Édit de tolérance de Milan (313), promulgué par les deux empereurs Constantin et Licinius, annonçait l’aube d’une nouvelle ère de paix» mais, malgré cela, «disputes et conflits ont rapidement émergé au sein de l’Église après les menaces extérieures».
Le pape revient sur l’hérésie arianiste qui a conduit alors une partie du clergé à croire que «Jésus n’est pas vraiment le Fils de Dieu», mais un «être intermédiaire» entre Dieu et l’humanité. Cependant, des prises de position d’évêques ont permis de recadrer la doctrine chrétienne en insistant sur l’identité divine du Christ. «Dieu n’abandonne pas son Église, il suscite toujours des hommes et des femmes courageux, des témoins de la foi et des pasteurs qui guident son peuple et lui indiquent le chemin de l’Évangile», assure Léon XIV dans ce texte.
21/11/2025
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C’est toutefois dans un contexte tendu que la réunion «des 318 Pères», se déroula sous la présidence de l’empereur. «Le nombre d’évêques réunis était sans précédent. Certains d’entre eux portaient encore les traces des tortures subies pendant la persécution. La grande majorité d’entre eux venait d’Orient, alors qu’il semble que cinq seulement aient été occidentaux», précise l’évêque de Rome, qui précise que deux prêtres romains y furent délégués par son lointain prédécesseur, le pape Sylvestre Ier, qui régna de 314 à 335.
«Les Pères de Nicée ont voulu rester fermement fidèles au monothéisme biblique et au réalisme de l’incarnation."
Cette réunion a permis de structurer progressivement les bases de la foi chrétienne, en s’appuyant sur le monothéisme biblique plus que sur les catégories intellectuelles de la philosophie grecque. «Les Pères de Nicée ont voulu rester fermement fidèles au monothéisme biblique et au réalisme de l’incarnation. Ils ont voulu réaffirmer que l’unique vrai Dieu n’est pas loin de nous, inaccessible», explique Léon XIV.
«Le Credo nicéen ne nous parle donc pas d’un Dieu lointain inaccessible, immobile, qui repose en lui-même, mais d’un Dieu proche de nous, qui nous accompagne dans notre marche sur les chemins du monde et dans les lieux les plus obscurs de la terre», explique le pape, en montrant que les affirmations du Credo révolutionnent «les conceptions païennes et philosophiques de Dieu». A l’inverse des conceptions de la mythologie antique, l’immensité du Dieu chrétien «se manifeste dans le fait qu’Il se fait petit, qu’Il se dépouille de sa majesté infinie pour devenir notre prochain dans les petits et les pauvres», insiste-t-il.
Un Credo mieux assimilé par le peuple que par le clergé
La réception du Credo de Nicée ne se fit toutefois pas au même rythme partout, tant l’hérésie arianiste demeura présente dans les élites impériales et dans une partie du clergé. Paradoxalement, le Credo fut plus facilement assimilé par la population que par les clercs. «Les oreilles du peuple sont plus saintes que le cœur des prêtres», écrira saint Hilaire de Poitiers (vers 315-367) à ce sujet.
Outre saint Hilaire, le pape rend hommage dans ce texte aux grandes figures qui ont joué un rôle central dans la diffusion du Credo de Nicée, parmi lesquelles en Orient, saint Athanase d’Alexandrie, et en Occident, saint Martin de Tours (vers 316-397), saint Ambroise de Milan (333-397) et, bien sûr, saint Augustin d’Hippone (354-430), son maître spirituel.
Depuis qu’il a finalement été reconnu comme «universellement contraignant» lors du Concile de Chalcédoine en 451, le Credo de Nicée-Constantinople est «la profession commune de toutes les traditions chrétiennes», unissant donc, encore aujourd’hui, catholiques, orthodoxes et protestants autour de la même foi.
Suivre Dieu et non les idoles
Sur un ton proche du style du pape François, Léon XIV invite dans une dernière partie, chaque lecteur à un «examen de conscience» sur son rapport au Credo, car «ce que nous disons par la bouche doit venir du cœur, pour être témoigné dans la vie». «Comprenons-nous et vivons-nous ce que nous disons chaque dimanche, et que signifie ce que nous disons pour notre vie?», demande-t-il.
«Comprenons-nous et vivons-nous ce que nous disons chaque dimanche, et que signifie ce que nous disons pour notre vie?»
«Aujourd’hui, pour beaucoup, Dieu et la question de Dieu n’ont presque plus de sens dans la vie. Le Concile Vatican II a souligné que les chrétiens sont au moins en partie responsables de cette situation, car ils ne témoignent pas de la vraie foi et cachent le vrai visage de Dieu par des modes de vie et des actions éloignés de l’Évangile», reconnaît le pape.
Le commandement chrétien de l’amour réciproque
«Si Dieu nous aime de tout son être, alors nous devons aussi nous aimer les uns les autres. Nous ne pouvons pas aimer Dieu que nous ne voyons pas, sans aimer aussi le frère et la sœur que nous voyons», insiste Léon XIV, utilisant un langage incluant les deux sexes, un fait notable dans l’histoire du magistère des papes. «À la suite de Jésus, l’ascension vers Dieu passe par la descente et le dévouement envers les frères et sœurs, surtout les derniers, les plus pauvres, les abandonnés et les marginalisés», insiste le pape.
«Dans un monde divisé et déchiré par nombre de conflits, l’unique communauté chrétienne universelle peut être un signe de paix et un instrument de réconciliation», insiste le pape, appelant à renforcer le mouvement œcuménique autour de la mémoire commune des martyrs, 30 ans après la publication de l’encyclique de Jean-Paul II Ut unum sint.
«Le Saint-Esprit est le lien d’unité que nous adorons avec le Père et le Fils», explique le pape. «Nous devons donc laisser derrière nous les controverses théologiques qui ont perdu leur raison d’être pour acquérir une pensée commune et, plus encore, une prière commune au Saint Esprit, afin qu’il nous rassemble tous dans une seule foi et un seul amour», exhorte Léon XIV. (cath.ch/imedia/cv/bh)
09/11/2025
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