Toujours, j’ai prôné l’absurdité de l’humain à vouloir se mesurer avec des engins; dans une salle de fitness fermée, étouffante de relents de transpiration; face à des miroirs qui ne reflètent que les apparences.La nature est si accessible aujourd’hui. Elle a de tous temps été colossale, majestueuse. Toujours, les hommes ont souhaité la défier. Souvent ils l’ont apprivoisée, mais jamais égalée. Alors, à quoi bon s’enfermer, dites-moi? Le défi peut se rencontrer au détour de chaque effort. Pourquoi «compliquer» pour se faire du bien?…
Je n’ai guère le profil de la sportive… ni de salon, ni de plein air. Pourtant!
Une visite médicale chez mon médecin m’annonce un taux de cholestérol satisfaisant (zut, j’attendais un mauvais résultat qui m’obligerait à me prendre en main). L’ECG, quant à lui, confirme que l’essoufflement et les vertiges qui m’assaillent depuis quelques mois, ne résultent que d’un manque d’exercice! La claque!
Plus question de se défiler, il faut que je bouge! Après de longues tergiversations, mon mari et mes amies ne parviennent pas à me convaincre de l’intérêt du fitness, mais tout au plus à essayer de les accompagner. Du moins une fois, afin que je sache de quoi je parle.
Ah les coquins! Ainsi, ma fierté touchée c’est gagné. Je vous suis, mais sans engagement.
Quelle surprise! Les machines sont aussi chaleureuses que je l’avais imaginé. Le miroir me renvoie exactement à mon surplus incontrôlé de gourmandise. Mes articulations sont rouillées et douloureuses comme je le pressentais et mon cœur frappe à tout rompre.
Pourtant il y a une chose à laquelle je ne m’attendais pas: mes amies sont là. Elles m’encouragent. Je sue et souffre à cause de mes excès, de mes manques. Elles me demandent régulièrement si tout va bien. Peu à peu j’oublie les engins, les miroirs, la barbarie de l’enfermement et me mets à discuter avec les gens (ce qui augmente encore la difficulté respiratoire). J’ai mal. L’heure touche à sa fin. Tous m’encouragent à revenir une prochaine fois. Je suis bonne joueuse et accepte, mais toujours sans engagement! J’y retournerai une deuxième fois, puis une troisième…
Ca y est… Je viens de payer mon abonnement fitness pour six mois! Qui l’aurait cru? Je déteste toujours ces engins, mais la solidarité, la chaleur, l’humanité des gens que j’ai rencontré m’ont touché et motivé.Chercher au-delà de nos croyances figées, de nos certitudes, vaut parfois la peine. Accepter de ne pas tout contrôler et laisser à l’autre la joie de nous guider, de nous aider à nous dépasser; c’est aussi peut-être lui laisser une place, le faire exister. Ouvrir son esprit afin de pouvoir accueillir les idées, à première vue absurdes, peut conduire vers son prochain et vers soi-même aussi. Un acte de foi, peut-être …Sabine Gisler