Le canapé, tout comme le meuble de télévision ont été réorientés il y a six mois. Et si je changeais la décoration murale? Si j’achetais de nouvelles plantes vertes… Ah, routine quand tu me taquines! Tant pis, je décide quand même de tout chambouler dans mon salon, mettre de nouveaux dessins d’enfants contre les murs. Pour les plantes vertes, ça attendra. Je pourrais aussi m’inscrire à un cours de zumba, ou devenir végétalienne… ou les deux à la fois. Non, je sais: voyager me manque beaucoup. Pourtant mon mari est un homme génial, tout comme mes enfants, du moins à mes yeux. Tout va bien pour nous. Alors que vouloir de plus?Je me mets à rêver d’être seule sur une île inconnue du reste du monde. Plus d’enfants qui font du désordre. Plus de mari trop fatigué en fin de journée pour accorder davantage d’attention qu’il ne faut à celle qui est sa femme depuis si longtemps d’ailleurs. L’inconnu, la nouveauté, voilà qui me «repuncherait». Avec en prime, pourquoi pas, un bel Apollon, échoué lui aussi sur l’île et qui plus est, me trouverait à son goût. Se sentir de nouveau exister,… quitter la routine de maman, d’épouse. Quelle femme n’en a pas rêvé, un jour ou l’autre? Mais il me revient en mémoire les paroles de notre «saventurier» suisse, Bertrand Piccard, qui affirme que «l’aventure extrême, la vraie, n’est ni une fuite, ni une drogue d’adrénaline, elle est au contraire, ce qui permet, par le biais d’émotions rarement éprouvées dans la vie quotidienne, d’entrer dans une relation beaucoup plus intime avec soi-même».
Mettre à profit ce temps où la routine pèse. Voilà mon nouvel objectif. Tant pis pour Apollon, merci Bertrand. L’aventure intérieure me semble plus raisonnable, plus constructive. Renouer avec mon moi. Mettre du piment dans la routine quotidienne, avec respect et honnêteté. Voilà ce qu’il me faut.Sabine GislerParution Echo Magazine no. 44