Triste journée pour mon garçon! Nous sommes mardi midi. Il rentre à la maison, avec la frimousse des mauvais jours: il n’a pas eu droit à la récréation avec les copains, car la maîtresse a souhaité reprendre avec lui une fiche de mathématiques. Rebelote l’après-midi, il prétend n’avoir rien compris au français cette fois! Il y a des jours comme ça! «De toute façon j’suis nul et j’comprends rien!». Les mots sont invraisemblables pour la maman que je suis.Après discussion, il accepte que tout être humain possède des points forts et des points faibles. Mais rien n’y fait. Il est l’heure de se coucher. Je le sens tourmenté et peu convaincu.Deux heures du matin. Le cauchemar était prévisible. «Tu vois, maman, j’ai rêvé de la dernière promenade d’école, où la maîtresse m’avait donné le rôle de balais, tandis que la première de ma classe ouvrait la marche. Et bien dans mon cauchemar, je n’ai pas été capable d’être un «bon balais» puisque j’ai éparpillé toute la classe, que les enfants n’ont pas revu leurs mamans,… j’suis vraiment nul, même dans mes rêves!». Me voilà bien réveillée cette fois et instantanément me vient à l’esprit une image:
- Lorsqu’un troupeau de moutons se déplace, tu sais fiston, qui est devant?
- C’est le chien, pardi! me répond mon garçon.
- Juste! Le berger lui confie la mission de guider le troupeau. Et qui fait «le balais»?
- Ah … le berger bien sûr!
- Exact. Qui d’autre qu’eux deux, penses-tu, serait capable de bien mener à destination les moutons? Le berger est-il «l’inutile» du troupeau puisqu’il est en apparence le dernier, donc derrière?Gagné! Mon fils saisit soudain qu’il peut être fier de cette responsabilité imposée par la maîtresse, que lui seul avait interprété de façon négative. Sa maîtresse l’avait justement choisi, lui, et peut-être pas par hasard.Dans toute vie, chacun doit chercher son rôle, sa place, sa mission; réajuster parfois sa route, changer de trajectoire. L’importance du dernier, du plus petit n’est pas moindre que celle du premier et ce, malgré les apparences. Chaque mouton, entre le berger et son chien, a toute sa valeur. Si l’un d’eux vient à s’éloigner, un berger aguerri, consciencieux, s’en aperçoit et part à sa recherche, dans la vie, comme dans une parabole…Sabine Gisler