Il y a plus de vingt ans, je m’étais promise de ne pas le dire … mais parfois …
«Maman ... dit lui qu’il arrête!»
«C’est elle qui a commencé. Elle m’a piqué mon avion!»
Dans le calme d’une matinée, à première vue bien commencée, le remue-ménage tapageur de mes deux aînés rompt la tranquillité. Je n’interviendrai pas et les laisserai tenter de résoudre seuls leur conflit. Ils «se cherchent», veulent s’affirmer? Eh bien, qu’ils «se trouvent»!
Le vacarme augmente. Les pleurs et les cris deviennent dérangeants. Promesse faite il y a longtemps, je ne la dirai pas cette fameuse phrase que ma maman utilisait toujours à propos et qui me brûle souvent les lèvres. La terrible phrase qui fait culpabiliser même quand on a dix ans.
«Mais maman… j’en ai marre!» hurle à présent la grande.
«C’est pas croyable! Si vous n’êtes pas capables de vous entendre entre frère et sœur, comment voulez-vous qu’il n’y ait pas la guerre dans le monde!»
Mince! Je l’ai dite. Promesse rompue. Déception.La phrase criante de vérité, la phrase horripilante, sensée éviter les conflits entre mon frère et moi enfants, vient de sortir de ma propre bouche! Je n’y crois pas! Mes enfants ne prêtent pas l’oreille.
Le chahut ne cesse pas. Tous deux pleurent à présent. Chacun ira se calmer dans sa chambre en attendant l’heure de l’école.
Pas facile d’être maman! En le devenant soi-même on commence à mieux comprendre sa propre mère. Comme elle avait raison! Mais je me dis que peut-être laisser aller mes enfants «au bout d’eux-mêmes», régler seuls leurs conflits et devoir ensuite se pardonner - puisqu’il faut bien vivre sous le même toit - est peut-être aussi source d’apprentissage de paix pour leur vie future. Apprendre le difficile pardon c’est aussi apprendre la paix dans l’amour du Christ. Non?Sabine GislerParution Echo Magazine no. 36