Ma grand-mère est partie cette nuit pour l’Autre Rive. Je prends le téléphone afin d’avertir mon frère de son départ. En survolant la liste de mes contacts mon regard se pose sur celui de «grand-mère». Je me dis alors que si je n’ai pas le courage immédiatement de le retirer de mon portable, je ne pourrais plus le faire ensuite. C’est maintenant ou jamais.Le cœur serré mon doigt sélectionne «grand-mère», puis clique sur «option». Le message me boulverse: «voulez-vous supprimer grand-mère? – oui ou non». Cruauté technologique. J’ai mal. Mes larmes coulent. Comment répondre à pareille demande, en un tel moment de tristesse? Pourtant je dois le faire, à présent.Voilà que ma bien-aimée grand-mère vient à ma rescousse. Elle me glisse à l’esprit qu’au fait, depuis longtemps il était devenu difficile de communiquer avec elle par téléphone, faute d’une bonne ouïe de sa part. Aujourd’hui je peux enfin lui parler en «ligne directe». La prière nous unissait avant sa mort. Plus encore qu’hier nous pourrons à présent nous «parler». Désormais elle m’entend sans obstacle, elle m’aide. Je la sens proche de moi.Mon cœur retrouve la paix; les limites de la technologie ont repris leur place. Sans peine, je sélectionne «oui» et voit disparaître de mes yeux et de mon portable «grand-mère». Mélange de réalité et de technologie. L’espoir, enfin, d’être en communion plus intime avec elle me réjouit. Pour le reste, il ne s’agit que d’ondes électriques, téléphoniques; celles du ciel sont plus puissantes… A Dieu grand-mère
Sabine Gisler
Parution Echo Magazine – no. 5 - 2012