Peu rappeuse dans l’âme, un texte de Diam’s, la célèbre chanteuse française, a pourtant attiré mon attention. La mélodie, découverte par hasard sur la toile ces derniers jours, m’a fait tendre l’oreille. Les paroles sont sans détour, brutes, crues, réelles. Elles sont de la rue, elles crient la souffrance et l’injustice. Une jeune fille blessée, malmenée par la vie, devient mère. De ses tripes, elle promet de donner un père et une voix à l’enfant qu’elle porte. Un père qu’elle-même n’a jamais eu, une voix qu’aujourd’hui encore elle n’a pas. Elle est seule. Elle est de la rue. De papa, elle va lui en trouver un, un vrai, un père, pas n’importe lequel. Son enfant, «ni le ciel, ni les étoiles ne l’éloigneront d’elle». Promesse faite. Elle le rêve, le souhaite du plus profond de son âme.
«Je le jure, je te donnerais tout ce que j'ai reçu, mais sois sûr que je te dispenserai des blessures. Je le jure, je t'épargnerai les peines, je serai toujours ton ciel dans la marelle.»
Les paroles me touchent.
«Je m'imagine mère, je m'imagine bénie, je m'imagine fière d'avoir donné la vie. On sera beau, crois moi, on sera bien dans ce monde, avec le temps, on sera plein»
Je suis mère aussi. Comme la plupart des mamans, je souhaite donner le meilleur à mes enfants. Seulement les chances ne sont pas égales, que l’on vienne de la rue ou que l’on ait grandit dans le cocon stable, douillet, protégé,… d’une famille conventionnelle.Bien sûr on pourrait résumer et conclure qu’on choisit sa vie, qu’il ne tient qu’à chacun de s’en sortir, de faire preuve de volonté, de se mettre au travail, de fréquenter des personnes fréquentables… Pourtant la vie l’a trop de fois blessée pour que cette femme-là se redresse. Qui souhaiterait vivre marginalisé par la violence, la pauvreté; fragilisé par la rue? Qui ne rêve pas d’une belle vie, facile, confortable; d’une bonne santé physique et psychique? Si cette nouvelle maman est à la rue, n’est-ce pas aussi un peu de notre faute? Quelle place lui accordons-nous dans cette belle société où tout va trop vite, trop loin? Cette société où chaque jour ne suffit pas pour prouver notre compétitivité, notre potentiel, nos capacités. Quelle place accordons-nous réellement aux cabossés de la vie? Bien peu. Trop peu. L’imperfection nous dérange, nous fait honte, nous fait peur. Devons-nous nous jeter la pierre, alors? Je pense que oui, un peu. Il est de notre devoir à chacun de prendre part aux faiblesses du monde afin d’y apporter un peu de nos forces. Tendre la main. Bien sûr on est trop occupés. Bien sûr on travaille, nous. Bien sûr on fait déjà tout ce qu’on peut et ce «tout» nous laisse peu de temps supplémentaire. Pourtant…Comme disait le Dr Schweitzer, «Celui à qui la souffrance est épargnée doit se sentir appelé à soulager celle des autres». Nous n’avons pas le droit de fermer les yeux, de nous reposer devant le malheur, les gangrènes du monde, tant qu’il y en aura. Aucune excuse valable. Aucun pardon. Utopie ou folie de mêler les paroles provocatrices de Diam’s à la sagesse du Dr Schweitzer? Pas tant que cela. Le message à communiquer n’est peut-être pas si éloigné l’un de l’autre.Ouvrons les yeux. Battons-nous sans crainte, sans arme. Laissons tomber les préjugés, les regards juges; osons simplement. Pour que toutes les mamans avancent avec confiance dans la vie.«Mon enfant, tu ne regretteras pas le monde, et tu connaîtras l'amour»Sabine Gisler