Minuit, un cri strident retentit: «mamiiii»; la petite a cauchemardé. Deux heures du matin: «maaami… j’ai soif!», mon garçon déchire le silence de la nuit. Trois heures du matin: «mami, j’en ai marre, je n’arrive pas à me rendormir!», me dit ma grande. Quatre heures, la petite, encore elle, se glisse dans notre lit. Un autre terrible cauchemar l’a assailli. Cette fois c’en est trop!Depuis plusieurs mois, chaque nuit ces réveils intempestifs. Je n’en peux plus. Je me lève, allume les lumières puis la chaîne stéréo, volume non ménagé. Je fais le tour des chambres de mes petits anges, enlève leurs duvets et propose à chacun de m’accompagner dans mon insomnie. Les clefs de la maison sont posées sur la table de la cuisine. Les enfants comprennent qu’ils devront se prendre en charge seuls pour s’habiller, déjeuner et partir à l’école. Leur papa m’encourage à quitter le navire pour une fois. Pour aller où d’ailleurs? A cette heure, même l’église du village somnole encore derrière sa lourde porte fermée à clef. Mon mari me suggère un bon petit déjeuner dans une boulangerie, en ville.Les enfants vont se préparer sans contestation! Huit heures, leur père part; me voilà de retour juste avant leur départ. A peine s’aperçoivent ils de ma présence; ils trouvent sympa de pouvoir décider seuls de leurs habits, de manger des tartines sans contrôle… Je leur explique quand même que pour qu’un navire avance, le capitaine seul ne suffit pas. Maman ne peut pas travailler jour et nuit. Que des matelots toujours appuyés au mât ne font pas avancer le bateau. Tous doivent ramer ensemble et à chacun de gérer ses petits soucis. Après explication, je m’assure de leur compréhension. Alors mon fils rétorque «oui, mami, on a compris; mais maintenant les bateaux sont tous à moteur!». Désespérant…
N’empêche que les nuits suivantes seront calmes et les enfants redemandent de pouvoir se débrouiller seuls. C’est gagné… Pour l’heure du moins!Sabine GislerParution Echo Magazine no. 7 - 2012